DIOCESE DE KARA
A l'ecoute d'une fidele apres le pelerinage
Devant la porte Sainte
Porche des fideles
Sa familiarite avec les enfants
Sortie de la messe
JUBILE D'ARGENT DU DIOCÈSE DE KARA AU TOGO - 1er JUILLET 1994 -1er JUILLET 2019. CHACUN REÇOIT LE DON DE MANIFESTER L'ESPRIT EN VUE DU BIEN DE TOUS ( 1 Co 12, 7)

Actualités : La parole donne dans le consentement matrimonial

La parole donnee dans le consentement matrimonial; ses implications et sa survie.

En cette année de la vie consacrée où le Pape nous invite à nous resituer par rapport au Christ il est important de reconnaitre ses faiblesses et avancer avec le Christ, embrasser l’avenir avec confiance et vivre le présent avec passion. En pensant à la vie consacrée, on ne saurait ne pas penser à la vie matrimoniale. Le couple par le mariage est consacré au Seigneur afin d’être témoin ou signe visible de son amour pour l’Eglise. De bons foyers chrétiens, de bons prêtres, religieux et religieuses.

Ainsi, si la vie consacrée souffre de quelques infirmités aujourd’hui, c’est parce que la famille est quelque part malade. Et c’est providentiellement que l’année de la vie consacrée se trouve logée dans cette année synodale sur la famille où le pape François dans ses rencontres avec les familles les invite à regarder leur avenir avec espérance dans la fidélité au mandat du Seigneur d’annoncer la beauté de l’amour familial. Malheureusement cette beauté de l’amour conjugal, qui se trouve résumé dans l’indissolubilité du mariage est aujourd’hui mal comprise et donc mal accueillie.

On assiste à un nombre impressionnant de divorces et surtout de « relation libre » et l’on se demande pourquoi vivre en couple semble plus difficile aujourd’hui qu’hier. La situation amoureuse la plus fréquente et existentiellement la plus problématique qu’on rencontre est bien celle de l'amour extraconjugal. Une femme qui aime avec passion un homme déjà marié, ou bien un homme qui courtise une femme mariée afin d'en faire sa maîtresse. Ainsi, chez beaucoup de couples bien établis depuis un certain temps, il n'est pas rare d'entendre l'un des deux conjoints dire: "je ne t'aime plus comme avant", voire même encore plus radical "je ne t'aime plus" et finalement "je ne t'aime pas". Remettant en cause la parole donnée le jour de la célébration du mariage.

Il est important de ne pas voir l’indissolubilité comme un enfermement, un cloître spirituel. Mais plutôt un cadre du déploiement de la liberté humaine, un cadre qui donne à l’homme de réaliser son être véritable, une image de Dieu. Dieu est l’être le plus libre mais qui reste fidèle à son alliance, à son projet d’amour pour l’humanité. Par le péché notre ressemblance a été entaché mais nous avons gardé l’image c’est à dire la liberté dont l’indissolubilité est un cadre de son déploiement. L’indissolubilité (fidélité) ne nous est donnée que pour nous aider à retrouver ce que nous avons perdu.

Que faire devant ces foyers qui, pourtant, ont pris du temps pour préparer leur union tant désirée. Comment se fait-il que l’amour qui fait courir des hommes et des femmes d'un lieu (quartier, village, ville) à un autre, même en pleine nuit s'il le faut, pour retrouver la personne aimée, vient-il à s’estomper? Comment la puissance de cet amour qui brûlait en eux s’éteint-elle au petit coup de vent des vicissitudes de la vie pour ne laisser que de la cendre ?

Une enquête effectuée auprès de cent -100- couples trouve la cause dans la dichotomie entre dire et le faire, mieux dans le non respect de l’acte de la parole qui se traduit par l’infidélité. C’est une des raisons pour lesquelles, beaucoup préfèrent se marier chrétiennement au soir de leur vie parce qu’ils se disent ne plus rien avoir[1] qui puisse les amener à manquer à leur parole. Ils oublient que dans le consentement matrimonial, ce n’est pas quelque chose ou mieux une partie de sa personne qu’on offre à son conjoint mais que c’est toute sa personne qu’on donne comme gage.

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Alliance et parole donnée

L’engagement des personnes dans le lien matrimonial se comprendre à partir de l’alliance entre Dieu et l’homme, et tout particulièrement dans la perspective christologique de l’union du Christ à son Église

À travers l’alliance du Christ et de l’Église, l’engagement de l’homme et de la femme est à concevoir dans un esprit du don. L’alliance est échange de dons qui s’inscrivent  dans l’acte d’amour. Elle souligne ici la radicalité du don d’amour de Jésus Christ: Aimer, c’est se donner, se livrer jusqu’au don de sa vie.

La fidélité conjugale, dans cette perspective implique "le don de sa vie" et amène à reconnaître dans l’amour de l’homme et de la femme, liés par le mariage, quelque chose de l’amour du Christ pour son Église. C’est pourquoi, donner sa vie dans le contexte conjugal signifie « s’engager dans une relation unique avec un partenaire unique »[2] ou « aimer quelqu’un en l’abordant comme unique au monde. »[3]

Le mariage et la promesse

Le mariage et la promesse sont deux termes qui s’interpellent. Le mariage exige la promesse parce qu’il est un événement qui se déroule à un moment de la vie mais a une influence directe sur l’avenir. L’alliance matrimoniale oblige. Et l’obligation qu’il établit a le caractère d’une promesse future qui se vit au jour le jour

Ainsi le mariage n’est pas un événement passé que la parole donnée reporte sur l’avenir du couple. Car choisir de promettre c’est choisir de s’engager pour l’avenir. « Et avant de promettre, l’Homme a vu, senti et expérimenté, et donc a été touché par ce qui est advenu dans l’événement du consentement. Dès lors, on pourrait dire qu’il est de l’essence du mariage d’exiger la promesse car elle anticipe son propre avenir ». Il est donc insensé de vouloir opposer le caractère définitif du mariage avec l’incertitude de l’avenir du couple.

L’exigence de l’amour

L'amour auquel l'Apôtre Paul a consacré un hymne dans 1 Co 13, 4. 7, « l'amour qui est "patient", qui "rend service" et qui "supporte tout" » (1 Co 13, 4. 7), est assurément un amour exigeant. C'est là justement que réside sa beauté, car ainsi, il édifie le vrai bien de l'homme et

le fait rayonner sur les autres. Même si l’Apôtre a écrit cet hymne dans le contexte de l’amour agapè, il est aussi applicable à celui de l’union matrimoniale  qui conjugue l’éros et l’agapè.

Cette exigence est la nature de l'amour vrai. Et seul celui qui sait être exigeant pour lui-même, au nom de l'amour, peut aussi demander aux autres l'amour. « L’amour est exigeant dans toutes les situations humaines ; il l'est plus encore pour les conjoints qui s'ouvrent à l'Evangile. Il faut que les hommes d'aujourd'hui découvrent cet amour exigeant, parce qu’en lui se trouve le fondement vraiment solide du couple, un fondement qui le rend capable de "supporter tout". Selon l'Apôtre, l'amour n'est pas apte à "tout supporter" s'il cède aux "rancunes", s'il "se vante", s'il "se gonfle d'orgueil ", s'il "ne fait rien de convenant" (cf. 1 Co 13, 4-5). Le véritable amour, enseigne saint Paul, est différent : «Il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout»  (1 Co 13, 7). »[1].

Indissolubilité et fidélité

Les concepts les plus récurrents de l’Eglise dans le sacrement de mariage sont bien l’indissolubilité et la fidélité. Ces deux termes s’appellent et s’interpellent et chaque terme sous entend l’autre. Ainsi « dans l’union matrimoniale, l’indissolubilité crée un lien entre les époux qui ne  saurait être délié »[2].  De ce fait, elle appelle à une répétition incessante du "oui" qu’incarne la fidélité. Et puisque le mariage se vit dans le temps et donc soumis au devenir, il est exposé aux vicissitudes, aux accidents, aux tentations[3]. Toutes ces difficultés semblent quelques fois rendre aléatoire tout ce qui perdure. L’indissolubilité du mariage se veut un lieu d’exercice par excellence de la fidélité, si les deux conjoints veulent tenir à leur premier oui. Il est donc certain qu’on ne saurait parler d’indissolubilité si on exclut l’idée de fidélité.

Liberté et réciprocité

Le mariage est l’union de l’homme et de la femme pour former une communauté de vie et d’amour[4]. L’homme comme la femme sont deux personnes différentes mais qui se sentent appelées à faire communauté. Cet appel que Jésus leur lance, demande qu’ils renoncent à eux-mêmes, c'est-à-dire à certains de leurs principes pour accueillir le don que Dieu leur fait. Chacun reçoit cet appel individuellement (appel à l’amour) mais en même temps à deux (amour-communauté). Ils sont appelés à ne faire plus qu’un.

L’appel à l’unité de vie dans le couple est souvent mal compris et mal reçu. Il est souvent identifié à une fusion des deux personnes où ni l’homme ni la femme n’a sa personnalité à lui. Ce qui est une trahison de la ressemble de Dieu en nous. Car Dieu est Un mais en trois Personnes distinctes. C’est ainsi que beaucoup conçoivent que pour durer, les conjoints doivent se ressembler (photocopie), partager les mêmes valeurs, les mêmes goûts à la virgule près. Il est certain que les deux conjoints sont appelés à l’accueil mutuel de l’un et de l’autre et donc à faire taire quelques-fois les opinons personnelles pour écouter l’autre et pour que le couple vive. Mais il est illusoire de penser que pour qu'un couple soit  heureux et qu’il dure, il faut que les conjoints vivent dans une forme de télépathie permanente. 

Si l’homme se sent attiré vers la femme, ou la femme vers l’homme, c’est parce qu’il y a quelque chose de désirable, de nouveau, quelque chose qu’il (elle) n’a pas et qui le (la) tient tendu vers l’autre, quelque chose qui pourrait le (la) "compléter". C’est parce qu’il y a une "différence-complémentaire" entre les deux personnalités qu’elles peuvent vivre ensemble,

s’enrichir et grandir. Ce qui rend leur union vivante et dynamique. D’après Pascal Duret, sociologue,  l'opposition[1] aide au bonheur car elle permet de se définir par rapport à l'autre. Les conjoints doivent vivre dans une réciprocité de don et de liberté.

La parole donnée comme pari sur la vie.

La promesse, parole donnée, au-delà des mots, est un acte intérieur et spirituel et on pourrait dire tout simplement que notre parole, c'est notre engagement. Et cet engagement est un don de soi, en ce sens que la dynamique de la parole donnée implique la personne toute entière et l’appelle à faire un saut dans l’avenir "incertain" du foyer. C’est une marque de foi, mue par la confiance. On pourrait aussi dire que c’est un pari.

« Lorsque les conjoints se font promesse, ils se portent au devant de ce qui peut arriver, au devant d’un temps à venir dont ils ne savent rien»[2]. Là se trouve la gravité de l’acte de consentement. Par le mariage, le (la) conjoint(e) s’engage à ce que quelque chose de lui (elle) tienne dans l’avenir, bien qu’il ou qu’elle puisse changer au gré des rencontres et des circonstances. Il est donc évident qu’il y a dans la promesse, une part d’incertitude[3] non seulement des événements futurs mais d’abord des sujets, mieux des protagonistes du consentement.

Par l’union matrimoniale, les époux engagent un choix sur l’avenir dont tous les aspects ne sont pas connus par avance. Chacun fait un pari[4] sur lui-même pour l’autre. Cet engagement de sa vie (promesse) n’est possible que s’il est soutenu par quelque chose qui nous dépasse, l’amour de Dieu. « Ce qui est donné dans la promesse, on ne peut le mesurer ni le savoir »[5]. C’est un "saut" qui ne saurait être motivé par une assurance mais par l’amour que l’on porte pour autrui, amour né de la confiance de l’un à l’autre.

Face à cette élucidation des implications qu’évoque la promesse et qui suppose la fidélité à l’acte de la Parole, des questions se posent quant aux incartades, aux infidélités occasionnelles entre époux. On peut admettre que la fidélité peut survivre à ces accrocs qui ne sont que des prestations insuffisantes, des omissions qui ne constituent pas une transgression radicale envers la personne de l’autre[6]. Sauf si on en arrive à une trahison, à une démission de ses responsabilités

La foi en la promesse

La vie de couple est un don, une grâce qu’il faut demander à Dieu. Il est souvent facile de penser que le mariage est un acte bien simple. Car plusieurs confondent le fait de tomber amoureux et l’engagement que prennent deux personnes de ne former qu’une seule vie. Le mariage est un "sacerdoce"[7] car, de même que tout le monde n’est pas appelé à se consacrer de façon particulière à Dieu, de même il n’est pas donné à tout le monde de se marier bien qu’on soit naturellement disposé.

Le mariage implique la force du courage, le pardon et la confiance. Ces deux derniers semblent être le soubassement de l’équilibre familial et facilitent celui des moments d’intempéries. 

Une des maladresses des couples est la suspicion qui naît de l’absence du dialogue, et qui, comme un virus, dissipe la confiance établie à la genèse du couple.  Pour vivre la parole donnée, il faut oser croire. Il faut consentir à la foi, « sans calcul et stratégie, comme l’enfant qui n’a pas peur de se laisser aimer, de risquer dans une promesse de vie »[1]. La promesse demande une confiance sans cesse renouvelée, une re-naissance à la vie promise en acceptant se poser à nouveau dans les bras de celui qu’on aime.

C’est parce que les conjoints ont foi l’un en l’autre qu’ils sont capables de s’unir, de se donner corps et âme pour former la cellule d’amour qu’est le foyer. La confiance est donc un des fondements de la cellule familiale. C’est elle qui permet de tenir allumer la flamme que Dieu a confiée aux époux pour être ses témoins au cœur du monde.

L’homme est corps, âme et esprit ; « et lorsqu’il promet, ce n’est pas sa pensée nue qu’il engage, mais sa volonté et sa capacité d’agir qui passent par son corps »[2] et qui cherche à s’inscrire, à se faire remarquer dans son milieu immédiat, au sein du couple. D’où l’importance d’un certain savoir faire et de marques d’attention des conjoints pour que la parole donnée ne s’effrite aux temps de désert affectif.

La vie de prière : La prière « c’est le lieu d’écoute et de partage, où la délicatesse du pardon porte des fruits d’amour. Et écouter Dieu dans la prière, donne aux époux une écoute réciproque indispensable à partir de laquelle le partage entre conjoints grandit en vérité »[3].

Une écoute attentive : « L’écoute attentive n’est pas une écoute passive mais active car il faut y voir en filigrane l’idée d’intérêt et de participation. Ecouter de façon attentive suppose aussi tenter de capter les émotions, qui très souvent restent voilées derrière la parole prononcée. C’est aussi tenter d’aider le conjoint qui parle à exprimer sans réserves ses émotions les plus intimes, lorsque cela est nécessaire »[4]

Le pardon : Dans l’économie du pardon, « il faut de la patience ; dans la patience, l’écoute ; dans l’écoute, le partage ; dans le partage, la vérité ; dans la vérité, le pardon et dans le pardon la miséricorde »[5].

La chaleur familiale : Elle est fondamentale pour la survie du couple. « Sa carence entraine la tiédeur, l’attentisme et paralyse l’élan du cœur ».  Or la parole donnée n’est pas une réalité passée ou future mais une réalité présente et active et vivante qui montre que l’amour des époux, a besoin de changer, d'avancer. L’homme est corps et esprit; et souvent ce sont ses sens qui le captive et le mène à épouser ce qu’il pense.

Ces petits gestes, comme du fumier, posés au quotidien orienteront positivement et de manière continue le climat familial où chaque conjoint gagnera en vitalité, en confiance en son partenaire et en lui-même.

Le respect de la parole donnée dans le couple connaît une carence à cause de la complexité de la personne humaine qui peut subir des changements dans le temps suite à des situations ou conditions sociales et psychologiques.

Il est certain qu’il n’y a pas d’homme sans défaut ou de femme sans défaut. Et il n’est étonnant que le couple connaisse des crises et de tempêtes qui souvent remettent en cause la parole que les époux se sont donnée. Il faut donc le pardon ; car le pardon donné et reçu débloque tout et embellit tout. Il réchauffe les cœurs et les maintient dans la jeunesse perpétuelle du vivre ensemble. Mais pour qu’il soit vrai et possible, une vie de prière en couple reste indispensable. 

«L’amour est à la fois ouverture et quête de repos ; il est blessure et dilatation. Il est la découverte du vide intérieur comme il est la promesse de la plénitude. Il est inscription en nous de la présente absente de l’autre et sortie de nous-mêmes ».[1] Ce mouvement oscillatoire évoque la réalité vivante de l’amour, vécu dynamique, qui engage profondément le sujet-même avec les actes de parole qu’il pose.

Avec toute la complexité du problème de manquement à la parole donnée dans le couple, on pourrait se demander s’il faut encore faire des promesses à son conjoint ? Il le faut. Car c’est ce qui garantit le couple dans l’amour et la stabilité. C’est une acte qui garde les conjoints tension l’un vers l’autre.

Abbé Matthieu KALEMAO,

Vicaire à la Cathédrale Sts Pierre et Paul de Kara

 

 

Date de publication: 2015-04-10 Version Imprimable
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